La fermeture des réseaux 2G commence officiellement demain en France. L'ARCEP vient de publier un bilan assez inquiétant sur la migration des millions d'abonnés encore concernés. Elle lance un appel aux opérateurs.

Cinq millions de cartes SIM. C'est peu ou prou le nombre d'abonnés qui utilisent encore un terminal uniquement compatible 2G ou 3G en France métropolitaine, à la veille de la première extinction 2G, qui débute, sous l'impulsion d'Orange, dès ce mardi 31 mars 2026. Selon l'ARCEP, le régulateur des télécoms, la migration vers les réseaux 4G et 5G est trop lente, et ce sont les objets connectés, alarmes et dispositifs médicaux qui risquent d'en faire les frais.
L'extinction de la 2G commence en France, et ce n'est pas un long fleuve tranquille
Il y a quelques semaines, l'ARCEP avait salué les efforts d'Orange sur la fermeture du cuivre et la bascule vers la fibre optique, depuis Ajaccio où nous étions. Mais sur le mobile, ce n'est pas le même son de cloche. Mais resituons un peu le contexte.
Orange démarre l'extinction de la 2G dès le mardi 31 mars dans l'agglomération de Bayonne, Anglet et Biarritz, avant d'étendre celle-ci au reste des Pyrénées-Atlantiques et aux Landes le 12 mai, puis à sept autres départements du Sud-Ouest, dont la Haute-Garonne, le Lot et l'Ariège, le 9 juin. Le reste de la France métropolitaine suivra entre fin septembre et fin décembre 2026. SFR et Bouygues Telecom ont eux calé leurs extinctions en novembre et décembre. Quant à Free, l'opérateur ne possède pas de réseau 2G en propre et loue celui d'Orange, la fameuse itinérance. Ses clients suivront donc naturellement le même calendrier.
Concernant le bilan de parcours de l'ARCEP, fin décembre 2025, 5,2 millions de cartes SIM étaient encore insérées dans des téléphones ou appareils incapables de fonctionner sur un réseau autre que la 2G ou la 3G, on parle ici d'équipements qui cesseront tout simplement de se connecter dès que ces réseaux seront éteints. Le rythme de migration s'accélère, avec 394 000 cartes SIM de moins sur le seul quatrième trimestre 2025, soit une baisse de 7%. Malgré tout, à quelques jours des premières extinctions 2G, l'ARCEP juge sans détour ce rythme insatisfaisant.
Derrière ces 5,2 millions de cartes SIM, il y a deux grands catégories. Un peu moins de la moitié (2,4 millions) concerne des usages classiques, à savoir les appels, SMS, et la navigation sur internet depuis un téléphone. L'autre moitié, soit 2,8 millions, équipe des objets connectés qui communiquent entre eux sans intervention humaine, comme les compteurs intelligents, les systèmes de surveillance, les capteurs industriels et les ascenseurs, qui avaient tant fait polémique. C'est ce second groupe qui inquiète le plus, car il représente encore 11% de l'ensemble du parc d'objets connectés en France, un volume considérable à migrer avant les extinctions.

Couverture, VoLTE, objets connectés : ce que l'extinction change concrètement
Il y a quand même une bonne, une très bonne nouvelle même. L'extinction de la 2G ne va pas créer des zones blanches ou dégrader la qualité du réseau. C'est la conclusion d'un rapport du comité d'experts techniques de l'ARCEP, présidé par Olivier Taffin, responsable technologique des réseaux d'accès radio chez Nokia. La 4G fait simplement mieux que ses aînées sur tous les plans (rapidité, stabilité, efficacité énergétique). Pour les appels vocaux, la transition repose sur le VoLTE, une technologie qui permet de téléphoner via le réseau 4G exactement comme on le faisait en 2G ou 3G, avec une qualité au moins équivalente.
Attention cependant : être équipé d'un téléphone 4G ne garantit pas forcément de pouvoir continuer à passer des appels après l'extinction de la 2G. Pour téléphoner sur un réseau 4G, le téléphone doit en effet supporter le VoLTE, une fonction qui n'est pas automatiquement activée sur tous les appareils. Sur certains modèles récents, une simple mise à jour du logiciel suffit à l'activer. Sur d'autres, plus anciens, il faudra envisager le remplacement. Orange, SFR, Bouygues et Free proposent chacun un outil en ligne pour vérifier si son téléphone est bien compatible.
Les téléphones ne sont pas les seuls concernés. Les alarmes anti-intrusion, les thermostats pilotés à distance, les boutons de téléassistance pour les personnes âgées, les interphones connectés ou certains dispositifs médicaux sont autant d'équipements du quotidien qui utilisent encore la 2G ou la 3G pour communiquer, souvent sans que leurs propriétaires le sachent. L'ARCEP conseille de contacter dès maintenant le fournisseur ou l'installateur de ces appareils pour savoir s'ils sont compatibles avec la 4G. Et si ce n'est pas le cas, il faut prévoir leur remplacement avant les échéances d'extinction.
La 3G a du sursis mais il ne faudra pas trop attendre pour agir
La 3G, elle, survivra encore un peu. Orange et SFR prévoient de l'éteindre fin 2028, Bouygues fin 2029, et Free n'a pas encore annoncé de date. Mais deux ou trois ans, ça passe vite vous en conviendrez, surtout pour les entreprises, les collectivités ou les syndics qui gèrent un parc d'équipements connectés en 3G. Identifier, tester et remplacer du matériel prend du temps et coûte de l'argent. Mieux vaut donc s'y mettre maintenant que de se retrouver à gérer l'urgence à quelques semaines de l'extinction.
En outre-mer, la transition suit son propre rythme. Digicel (opérateur local des DOM) a déjà fait le ménage. Sa 2G est éteinte depuis plusieurs mois en Guadeloupe, en Guyane et en Martinique. Orange Caraïbe prend le relais avec des premières extinctions prévues dès le 21 avril dans certaines villes de Guadeloupe et de Guyane, puis le 19 mai en Martinique. À La Réunion, SRR (et non pas SFR) a calé son arrêt au 30 novembre 2026. Vous l'aurez compris, chaque territoire, chaque opérateur avance à son propre pas, et si vous êtes concerné, un coup de fil à votre opérateur reste le moyen le plus sûr de savoir où vous en êtes.
Pour celles et ceux qui devront changer d'appareil, sachez qu'Orange, SFR, Bouygues et Free proposent tous des offres de reprise pour recycler ou revendre son ancien téléphone, souvent contre un bon d'achat ou une remise sur un nouvel équipement. En 2023, ce sont déjà 1,3 million de téléphones qui ont été collectés via ces programmes, soit l'équivalent de 18% des téléphones vendus par ces quatre opérateurs sur la même période. Avec des millions d'appareils à remplacer dans les mois qui viennent, ce chiffre devrait nettement grimper.